Transitions : où va-t-on ?

8/11/2021
Société
(Photo Krefe/Pixabay)

Nous en sommes de plus en plus conscients : le monde tel que nous l’avons connu il y a encore 10, 20 ou 30 ans, a déjà disparu. Il est en train de céder la place à un monde différent, déterminé par le changement climatique comme par d’autres transformations, sociales et technologiques notamment. Edwin Zaccai, professeur à l’ULB, est venu nous parler de cette transition.


Edwin Zaccai est à la fois ingénieur civil, licencié en philosophie et docteur en sciences de l’environnement. Fondateur du Centre d'Études du Développement Durable (CEDD), il est aussi l’auteur du livre Deux Degrés. À la veille de la COP26 de Glasgow, il était l’invité de la rentrée académique de l’Ephec pour évoquer la transition.

Sans doute faut-il parler des transitions au pluriel, qui bouleversent profondément nos modes de vie : sociales, économiques, technologiques… Mais ce qui s’impose comme le changement le plus critique aujourd’hui, c’est avant tout la modification du climat. Ou plus largement, l’impact de l’homme sur la nature, qui s’est grandement accéléré depuis un siècle : « Nous sommes entrés dans l’anthropocène », observe Edwin Zaccai, « c’est-à-dire que l’humanité est devenue comparable à une force géologique dans sa capacité de transformation de la planète. »

Comment poursuivre nos activités ? « Pour respecter la norme de 1,5 °C d’augmentation des températures, nous devons diminuer nos émissions de CO2 de 5 à 6 % par an. Or, elles continuent à augmenter. Respecter ces objectifs réclame des transformations profondes et difficiles, parce que les émissions de CO2 sont essentiellement liées aux énergies fossiles, dont nous sommes très dépendants. Non seulement pour le transport, mais aussi pour la production industrielle, la construction, etc. »

Le problème n’est pas seulement de développer de nouvelles énergies « propres » ; il est aussi de nous affranchir des installations énergétiques existantes. « Et cela touche à notre modèle culturel, à nos idéaux de vie. Quelle consommation voulons-nous ? »

Tout l’enjeu, selon le professeur Zaccai, sera de réduire les pollutions pour « éviter l’ingérable », tout en s’adaptant pour « gérer l’inévitable », c’est-à-dire le réchauffement du climat déjà observable et l’augmentation des épisodes extrêmes tels que tempêtes ou sécheresses.

Au-delà de ce qu’on peut appeler la « transition écologique » (qui ne se limite pas au climat mais s’étend à la crise de la biodiversité), d’autres changements majeurs sont en cours, de manière plus ou moins visible – dont certains sont heureusement positifs.

Edwin Zaccai en relève six : le progrès très net du développement humain (notamment en termes de santé et d’éducation) ; la transition démographique (vers une société vieillissante) ; l’égalité des genres, qui représente un mouvement mondial puissant ; la mondialisation (au profit de pays émergents, mais au détriment des pays occidentaux) ; la répartition des richesses (au profit des plus pauvres comme des plus riches, mais au détriment de la classe moyenne) ; enfin, le développement des TIC, les technologies d’information et de communication, avec de forts impacts économiques et socio-politiques.

Comment ces transformations vont-elles se combiner ? Pour donner naissance à quel nouveau monde ? Nous laisserons ces questions aux futurologues. Mais ce que souligne Edwin Zaccai, c’est que l’adaptation représente aussi des opportunités : nous pouvons subir la transition ; nous pouvons aussi choisir de l’organiser.

Comment y parvenir ? L’épidémie de covid nous a permis de mesurer notre capacité de répondre à une crise soudaine, d’ampleur mondiale. Mais qu’en avons-nous retiré ? « Nous avons démontré que nous sommes capables de réformes et d’accepter des contraintes pour le bien commun. La parole scientifique a aussi été valorisée. Mais la crise a été vécue douloureusement ; l’adaptation a été peu maîtrisée ; on a vu se répandre des idées complotistes ; on a aussi vu augmenter l’endettement des États et les inégalités. »  

« L’une des clés de l’adaptation », conclut-il, « ce sera le rôle de l’enseignement. »

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