Alors que l’intelligence artificielle progresse rapidement dans ses capacités et ses applications, son encadrement réglementaire s’élabore, lui aussi : les premiers éléments de l’AI Act européen sont entrés en vigueur au mois d’août. On en parle avec Philippe Dambly, maître de conférences à l’Université de Liège et auteur de l’ouvrage "(R)évolution de l'Intelligence Artificielle".
Philippe Dambly le rappelle d’entrée : l’intelligence artificielle n’est pas neuve. Le terme lui-même a été inventé en 1956 (bientôt 70 ans !), tandis la fameuse victoire de Deep Blue sur le champion d’échecs Gary Kasparov remonte déjà à 1997.
"Si on parle tant de l’IA aujourd’hui, c’est parce que nous sommes à un moment historique de son développement, avec l’émergence de l’IA générative. Quand on pense que, selon OpenAI, le nombre d'utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT vient de franchir le cap de 400 millions, on réalise l’ampleur du phénomène."
Qui dit phénomène majeur dit enjeux majeurs. "Ils sont de plusieurs types. Il y a un enjeu géopolitique, qui est la place de l’Europe face aux acteurs américains tels que ChatGPT, Copilot, Groq…, qui ont pris le leadership, suivis des acteurs chinois avec DeepSeek. C’est aussi l’enjeu socio-économique, puisqu’on sait que l’IA aura un impact énorme sur la composition des emplois – même s’il est encore difficile de le quantifier. Et il y a bien sûr un enjeu démocratique, qui est celui des risques liés à l’IA et notamment à son potentiel de désinformation."
Tout cela a justifié la mise au point de l’AI Act européen, dont les premiers éléments sont entrés en vigueur au mois d’août dernier et qui sera pleinement déployé d’ici la mi-2026.
Avec un double objectif: promouvoir la mise en œuvre de l’intelligence artificielle – c’est la dimension économique de l’UE – tout en protégeant la sécurité, les droits fondamentaux et la démocratie. Un vaste programme, non dénué de tensions…
"C’est un texte très complexe, de près de 144 pages. Or, il est essentiel, parce que c'est lui qui va réglementer l'adoption et l'usage de l'intelligence artificielle dans l’UE. La grande difficulté pour les chefs d'entreprises, c'est qu'une imposante lasagne législative s’est formée. En réalité, l’AI Act ne peut se lire seul; il est lié au RGPD qu’il renforce même à certains égards et à d’autres législations européennes telles que NIS 2, le DSA, le DMA, Dora…. Il est possible qu’on parvienne à une certaine simplification, comme on l’a vu pour les règles ESG, mais cela s’annonce tout de même compliqué."
Un conseil aux entrepreneurs: préparez-vous! Recensez et auditez vos outils d’IA ainsi que ceux de vos prestataires, faites-en l’analyse au regard du RGPD, du droit, de la cybersécurité… Et définissez une stratégie!
"Je pense que, comme cela a été largement le cas pour le RGPD, il faudra quand même un accompagnement du chef d'entreprise s’il veut déployer l’IA, pour être certain de rester dans les clous."
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