Comment dire à un collègue qu’il sent mauvais?

21/6/2022
RH & Carrière
(Photo Cottonbro/Pexels)

Dans une relation professionnelle, il y a des messages difficiles à exprimer et difficiles à entendre, qu’il est pourtant indispensable de faire passer. Mais comment s’y prendre?

Expliquer à un collaborateur que son travail n’est pas satisfaisant ou que certaines attitudes posent problème à ses collègues, ce n’est pas facile. Cela fait pourtant partie des devoirs d’un manager ou d'un patron.

"Il y a des choses à dire, puis il y a la manière de les dire", souligne Pierre Guilbert, expert en people management. "La façon dont on s’exprime peut transformer un message positif en négatif et inversement. Pour l'illustrer, je propose régulièrement cet exercice lors de mes formations : je demande à un cadre d’expliquer à un collaborateur – souvent, de sexe opposé – qu’il ou elle sent mauvais. C’est un des pires messages à faire passer, mais c’est une situation qui arrive dans toutes les entreprises et qu’il faut absolument régler. Donc il faut le dire à la personne. Non seulement, il faut le lui dire, mais il faut que le message soit compris."

"Il faut que la personne agisse pour corriger le problème et, en prime, il faut qu’elle reste motivée et ne sorte pas de l’entretien vexée ou démoralisée."

Dans une telle situation, la tentation est grande de… ne rien dire, ou de le faire le plus tard possible: "Il va mal le prendre, on est vendredi, il est 17 heures… Je n'ai pas envie de me gâcher la soirée ou le week-end, je vais attendre… C'est une erreur: il faut dire les choses. La deuxième tentation, peut-être justement parce qu'on s'est trop tu, c'est d'adopter un ton agressif. Et ça empêche la communication, parce que celui qui se sent agressé va tenter de se protéger, il va se défendre, et il ne va pas intégrer ce qu'on lui dit. Ça ne sert à rien. Enfin, la troisième tentation, c'est la manipulation: comme on n'ose pas dire les choses, on essaie que l'autre comprenne sans qu'on lui dise. Et bien sûr, il ne comprend pas, donc on apparaît faible et on perd toute crédibilité."

Comment faire? "La première clé, c'est de parler en 'je'. Si je dis: 'Tes collègues se plaignent que tu sens mauvais', je crée ou je renforce un conflit, parce que la personne va se sentir trahie. Si je lui parle en face-à-face, en disant: 'Je sais que ce n'est pas facile à entendre, mais j'ai un problème avec ton odeur corporelle', c'est très différent. On est dans un dialogue d'adultes. La deuxième clé, c'est l'assertivité. Ce n'est pas autoritaire ou agressif: c'est la capacité d'affirmer son point de vue tout en respectant celui de l'autre. C'est un mode d'expression qui ne nous est pas naturel – les enfants ne naissent pas assertifs, ils naissent égocentriques. C'est un apprentissage, mais ça se travaille. Et à partir de là, on n'a plus peur de parler à l'autre."

Info : www.pierreguilbert.be

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