Au cœur du rapport hiérarchique, la reconnaissance mutuelle

25/3/2025
RH & Carrière
(Photo Tiger Lily/Pexels)

Qu’est-ce qui fonde l’autorité d’un patron ou d’un manager? Avant tout, c’est l’adhésion de ses collaborateurs. Obtenir cette adhésion passe par la reconnaissance des mérites, mais aussi des qualités de chacun dans son individualité, explique Jérôme Vermer, philosophe et enseignant à l’EPHEC.

"Le philosophe Adam Smith explique que ce qui nous motive dans notre travail quotidien, c’est dans une large mesure la reconnaissance que nous y trouvons – il parle de ‘l’amour propre’", entame Jérôme Vermer. "Nous avons tous besoin de cette reconnaissance. En entreprise, il s’agit donc de faire en sorte qu'au sein d'un rapport hiérarchique, le manager reconnaisse les talents et le travail de ceux qu’il dirige, et que ces derniers reconnaissent les qualités de leur manager. Au-delà des compétences de chacun, cela revient à donner une place aux individus pour ce qu’ils sont, et pas seulement pour ce qu’ils font."

Que doit donc faire un manager pour être reconnu? "Reconnaître les individualités, c’est notamment accepter les conflits, c’est-à-dire la confrontation, les divergences qui nous sont naturelles. En d’autres mots, il faut permettre le débat." Une idée à rapprocher de celle de la "discussion" chère à un autre philosophe, Habermas: "Celui-ci montre que, pour qu'une entreprise puisse avancer, il faut laisser la place à la discussion. Il faut considérer que chaque individu a forcément des qualités à nous offrir."

"La confiance mutuelle est également très importante. Donner une place au conflit et à la discussion, c’est donner de l'autonomie, donc accepter de ne pas toujours contrôler au jour le jour ce que fait un employé. Cette confiance n’est pas aveugle mais repose sur une liberté accordée et, encore une fois, sur la reconnaissance des qualités, davantage que des compétences."

La liberté, souligne notre interlocuteur, présente toujours un risque, mais ce risque est moindre que celui d’une absence de liberté. "La reconnaissance, la liberté accordée, l’ouverture à la discussion, tout cela contribue à fonder l’autorité du manager – au sens de l’autorité qu’on lui reconnaît, qui donne envie de le suivre: je reconnais cette personne comme source de l'autorité parce qu’elle me renvoie un sentiment de justice et qu’elle me donne ma place. Le risque, s’il n’y a pas de liberté, pas d’autonomie, pas de débat ou un débat factice, c’est de provoquer la crispation autour des divergences de vue et tomber dans une forme de violence – à distinguer du conflit."

"Si le manager est contraint d’utiliser la force, il perd en autorité. Il n’est plus reconnu."

"C'est à partir du moment où on sort de la dimension utilitariste, c’est-à-dire quand on reconnaît la personne, au-delà des compétences qu'on lui attribue, que l'on peut faire naître, je crois, un sentiment d'appartenance, d'engagement et aussi de reconnaissance mutuelle. C’est peut-être une banalité, mais il faut accorder de l'importance à l'humain, tout simplement."

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